Blogue de gestion et études de cas

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Vous êtes libre!…Vraiment?

13 avril 2010

Code Source

Le code libre (Open source) est une réalité technologique qui ne cesse de gagner en popularité. Il est intéressant de noter, d’autre part, que le concept était présent dès le début des années 60.

Évidemment, l’absence de structure de communication et d’échange limitait l’expansion et la croissance du concept à l’échelle planétaire telle qu’on la connait aujourd’hui.

Le sujet du code libre est très intéressant pour rappeler la grande relativité des choses, en particulier dans le domaine des technologies, lorsqu’on analyse les phénomènes technologiques sur un horizon de plus 5 ans.

Nous constatons alors que des nouveautés technologiques apparaissant aujourd’hui comme révolutionnaires sur le plan de la perception semblent plutôt s’inscrire dans la foulée de la vieille et célèbre loi de Lavoisier : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ».

Je profite du phénomène du code libre, un prétexte, pour soulever l’absence fréquente d’un sens critique aiguisé dans le processus de différenciation des nouveautés technologiques sur le plan de leurs impacts et des gains opérationnels réels qu’elles peuvent générer pour une entreprise.

Je vous propose deux visions de la nouveauté technologique:

1. La nouveauté fondamentale :

Soit celle issue d’une idée neuve qui modifie profondément les paradigmes de la pensée et les façons de faire existantes d’une entreprise. La nouveauté susceptible de modifier le processus lui-même.

Exemple: La démocratisation du Web pour la masse dans les années 1990. La communication et le partage de l’information ne seraient plus jamais les mêmes générant ainsi des changements profonds dans les comportements sociaux de l’être humain.

2. La nouveauté induite :

Soit celle issue d’une possibilité préexistante et qui n’attendait qu’à s’actualiser pour créer un nouveau levier en entreprise. La nouveauté qui améliore le processus existant.

Exemple: La possibilité de fabriquer davantage d’un même produit dans une période équivalente grâce à la réduction d’un temps d’assemblage générée par la présence d’une nouvelle composante électronique plus performante.

Sur le plan de la productivité, ces deux types de nouveautés peuvent être aussi utiles l'une que l’autre, mais elles diffèrent de façon importante sur le plan de leurs impacts opérationnels respectifs.

Modifier les fondements d’un processus par opposition à l’optimiser n’appelle pas aux mêmes investissements de temps et d’argent. Le geste ayant des coûts associés habituellement plus élevés, comme la culture et la philosophie de gestion de l’entreprise, peut davantage être ébranlé.

Et le code source dans tout cela?

Il faut comprendre que l’Open Source est d’abord le rejeton de la possibilité offerte par le Web de créer des communautés virtuelles de développeurs désormais connectés et dévoués 24h sur 24h à l’avancement d’un objectif commun. Un cerveau collectif aux neurones surmultipliés, en ébullition et en action constantes. Wow!

Sérieusement, je relis ma dernière phrase et je me demande comment ne pas être impressionné par un tel phénomène qui appelle à un seul qualificatif : « Révolution ».

Bon, bien sûr, il faut nuancer un peu!

En référence à ma vision des choses, le phénomène du code libre est une nouveauté du type « induite », car ce n’est pas tant la méthodologie de développement ( il faut comprendre ici que ce n’est pas le langage de programmation ou la méthode comme une approche « SCRUM ») qui a principalement alimenté le phénomène, mais plutôt la possibilité de gestion et de partage rapide et efficace de l’objet central : le code source.

Or le code source, libre ou pas, est un animal possédant ses particularités comportementales bien à lui. C’est-à-dire que le processus de développement d’une application informatique revêt de défis de gestion propres, quelles que soient la plateforme et l’approche technologique choisie.

Par conséquent, encenser le code source libre comme une panacée pour éviter les problématiques usuelles de développement d’applicatif de gestion m’apparaît être un automatisme dangereux. Dans les faits, c’est pratiquement toujours le processus de développement qui est le déterminant majeur quant à la qualité du rendu final et non la technologie comme telle.

Évidemment, l’Open Source a des avantages marqués, entre autres, celui d’offrir une multitude d’applicatifs existants, robustes et de qualité, qui peuvent représenter la solution finale pour combler un besoin simple ou, encore, être un excellent point de départ d’une solution de gestion personnalisée plus élaborée.

Toutefois, comme les statistiques sur les coûts de déploiement d’une solution de gestion continuent de confirmer que les frais initiaux sont négligeables à moyen terme pour un client, nous pouvons en déduire que les frais d’acquisition d’un code propriétaire ne sont pas réellement la composante critique dans le portrait final et global des coûts.

Autrement dit, le développement d’une application sur mesure en code libre, gratuit initialement, ne vous coûtera pas nécessairement moins cher dans le temps. En effet, ce sont les coûts de services professionnels qui prendront rapidement le dessus. Un phénomène appuyant la tendance voulant que le logiciel de masse, en tant qu’objet d’achat, devienne en plus une commodité et que son prix tende à diminuer constamment, pour atteindre le seuil de gratuité éventuellement.

Cela dit, l’objectif de mon billet n’est pas de démarrer un débat philosophique sur la question du code libre et du code à propriétaire unique. Les arguments pourraient pleuvoir de part et d’autre pour justifier l’utilisation de l’un ou l’autre… aujourd’hui! Comme pour le reste, les approches hybrides s’installent peu à peu, effaçant progressivement la distance en fusionnant les écoles de pensées.

Les « buzzwords » ont beau se succéder à une vitesse folle, l’important n’est pas de savoir qu’elle approche technologique gagne ou perd dans l’absolu… Évidemment, le gagnant doit toujours être le client.

Ce qui m’interpelle donc ici est le phénomène de la nouveauté technologique vue dans une optique de remède à des problématiques sur lesquelles elle n’a finalement aucune emprise.

Le développement d’une application de gestion informatisée, à code libre ou propriétaire, est régi par des principes généraux intrinsèques au processus et dont le coût de développement est l’un des enjeux sans en être le seul; la rapidité de développement versus la qualité du livrable, l'optimisation du développement stratégique du produit (PRM) en fonction de l’anticipation des besoins évolutifs et spécifiques du client, la capacité d’adaptation stratégique de l’outil aux processus critiques, etc.

La gratuité initiale d’un logiciel libre ne vous prémunit pas contre le cauchemar de tout gestionnaire de TI, soit l’applicatif à bout de souffle qui ne répond plus aux besoins actuels et futurs, donc un applicatif à remplacer après un investissement interne massif en formation de votre personnel et en honoraires professionnels de personnalisation et d’intégration logicielle.

Dans cette malheureuse situation, ce n’est pas non plus l’accès au code source qui vous redonne le sourire, car, à moins d’être vous-même une firme de développement de logiciels, les priorités stratégiques de votre entreprise sont probablement ailleurs.

Votre meilleure assurance « pérennité – bonheur » demeure une garantie d’accès à vos données. Votre information de gestion, voilà ce qu’il faut protéger.

Le cauchemar cité plus haut est tout à fait possible avec un applicatif à code source propriétaire me direz-vous. Tout à fait!

Cela ne fait que renforcer ma position voulant que la « nouveauté technologique » ne soit pas toujours équivalente à une « recette magique ».

Comme gestionnaire, vous êtes libre de choix! Mais le logiciel libre ne vous libère pas automatiquement des pièges potentiels usuels du développement d’applicatifs de gestion informatisée.

Demeurez donc vigilant dans l’évaluation et la sélection de toute plate-forme technologique dédiée à un projet stratégique dans votre entreprise.

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